NATHALIE  DA  SILVA



Texte de Louis Doucet.
Exposition personnelle, Galerie du Haut-Pavé, Janvier 2012


Nathalie Da Silva pratique essentiellement le dessin, sur des feuilles de grandes dimensions. Son inspiration prend source dans la nature, une nature domestiquée, celle des paysages urbains, le plus souvent : parcs, jardins, espaces publics... Elle les photographie, puis travaille les images résultantes sur ordinateur, en noir et blanc, pour les réduire à des formes essentielles, planes, frontales, constituées de plages saturées, percées de trouées de lumière, souvent structurées en grilles orthogonales. Son travail de déconstruction s'arrête au seuil où la forme originelle risquerait de perdre son identité, de devenir méconnaissable, un peu à la façon dont un idéogramme chinois synthétise un objet, n'en gardant que les contours essentiels, pour produire un archétype irréductible sous peine de perdre son sens.

Nathalie Da Silva projette ensuite la forme obtenue sur une feuille de papier, l'agrandissant avec un épiscope. Suit un long et minutieux travail de crayonnage visant à colorier les zones sombres. Le geste de remplissage, quasi obsessionnel, s'applique à varier les entrelacements des traits de la mine colorée pour produire une texture sensuelle, vivante, végétale dans son aspect, appelant une appréhension tactile que la planéité du support dénie et dément dans le même instant.

La monochromie est de rigueur, avec une évidente volonté de distanciation par rapport aux couleurs du modèle initial. Si le vert est souvent utilisé, il l'est presque par accident, sans référence aucune aux colorations de la nature. D'ailleurs, le bleu, le rouge, le gris ou l'orange peuvent le remplacer sans que le caractère de la composition en soit altéré. Plus récemment, Nathalie Da Silva a introduit la polychromie dans certains de ses dessins, mais les couleurs ne se mêlent pas, chacune se voyant confier un quadrant de la composition.

Le refus d'un naturalisme littéral, de tout symbolisme, de tout pathos ou de toute revendication psychologique ramène le dessin à sa seule matière, à son essence même, à sa présence ontologique, transposant ainsi pour son compte la définition que Maurice Denis donnait de la peinture : « une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Le dessin, devenu langage, gagne ainsi son autonomie par rapport à son thème générateur, tout en contenant une capacité génésique, celle de reproduire une structure rhizomatique envahissante, à la manière des végétations luxuriantes.

Les dessins, accrochés au mur, presque de plain-pied, se présentent comme de vastes portiques conviant le spectateur à les pénétrer, tout en jouant sur l'ambiguïté d'une représentation délibérément bidimensionnelle invitant, cependant, à entrer dans une troisième dimension préalablement anéantie.